le « je » subjectif

« La «subjectivité» dont nous traitons ici est la capacité du locuteur à se poser comme «sujet». Elle se définit, non par le sentiment que chacun éprouve d’être lui-même (ce sentiment, dans la mesure où l’on peut en faire état, n’est qu’un reflet), mais comme l’unité psychique qui transcende la totalité des expériences vécues qu’elle assemble, et qui assure la permanence de la conscience. Or nous tenons que cette «subjectivité», qu’on la pose en phénoménologie ou en psychologie, comme on voudra, n’est que l’émergence dans l’être d’une propriété fondamentale du langage.*». Cet extrait d’Emile BENVENISTE, vous l’avez surement compris, nous allons parler du « je » dans la langue française.

En Grammaire le « je » s’appelle tout simplement première personne du singulier, il est un pronom personnel et la plupart de temps (tout le temps) il est sujet. En linguistique c’est un peu plus différent par rapport à la grammaire car cette science vise à « définir » la langue plutôt que de la « normaliser ». La définition linguistique est un peu philosophique par moment (vous comprenez mieux maintenant la citation je suppose). En linguistique le « je » est un point de repère par rapport à l’énoncé, ce qui veut dire concrètement qu’il permet au récepteur et/ou au lecteur (si c’est sous forme écrite)de savoir qui fait le discours et la position de cette personne par rapport à son discours. Tout les éléments qui se référent à la situation spatio-temporelle du locuteur s’appelle « déictique », et le « je » fait partie ainsi que tout les pronoms personnels. On les appellent : « déictiques personnels. » Dans des analyses plus poussées de l’énoncé en termes de communication; les simples pronoms personnels ne suffissent pas. La notion de déictique, s’avère être importante par sa précision.

Contrairement à la grammaire il y a que 3 sortes de catégorisation des déictiques personnels en linguistique :
– La Personne subjective : ce qui veut dire la personne qui assume le discours, l’énonciateur, la personne physique qui parle le « JE »
– La Personne non-subjective (TU): ce qui veut dire le co-énonciateur, une personne présente mais pas en situation d’énonciation, mais de réception du message du « je ».
– Et la non-personne (IL): celui qui est absent de l’acte d’énonciation, ni en tant qu’émetteur, ni en tant que récepteur.
En ce qui concerne les pluriels, il ne s’agit pas de composition entres les différentes personnes et non-personnes. Par exemple nous = je + tu, ou je + il ….

En guise de conclusion : « La conscience de soi n’est possible que si elle s’éprouve par contraste. Je n’emploie je qu’en m’adressant à quelqu’un, qui sera dans mon allocution un tu. C’est cette condition de dialogue qui est constitutive de la personne, car elle implique en réciprocité que je deviens tu dans l’allocution de celui qui à son tour se désigne par je. […] Ainsi tombent les vieilles antinomies du “moi” et de l’“autre”, de l’individu et de la société. […] C’est dans une réalité dialectique englobant les deux termes et les définissants par relation mutuelle qu’on découvre le fondement linguistique de la subjectivité. »*

Ça parait stupide au début mais je vous garantis que le choix de simples pronoms personnels, peuvent créer un effet inimaginable dans la tête des gens. N’est ce pas Obama ?

* É. Benveniste, « De la subjectivité dans le langage » in Problèmes de linguistique générale, 1, Paris, Gallimard « Tel », 1966 [1958],

Publicités

Une réflexion sur “le « je » subjectif

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s